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Toilet Paper : un surréalisme pop et trash qui fait recette

Depuis 2010, le magazine Toilet Paper bouscule les codes du magazine d’art dans un style choc et surréaliste. En quelques années seulement, le titre s’est imposé dans le monde de la photographie de façon fulgurante. Retour sur un ovni dont on se délecte, et mis à l’honneur aux rencontres de la photographie d’Arles de cette année.

Kitsch et pop art, sauce années 2000

Il suffit d’aller faire un tour sur le site pop et décalé de Toilet Paper magazine pour voir que celui-ci s’inscrit très clairement dans l’ère du temps. Couleurs flashy, gifs impertinents, photos kitsch de chats mignons côtoient les unes de journaux à la renommée internationale signées par le duo d’artistes qui se cache derrière l’initiative : Maurizio Cattelan et Pierpaolo Ferrari.

Le premier, artiste contemporain dont la cote approche celle d’un Jeff Koons, avait déjà semé le trouble en 1999 avec une statue représentant le Pape Jean-Paul II frappé par une météorite. La Nona Ora ne sera pas pour autant sa dernière provocation, loin de là. Il exposera en 2001 une autre sculpture, « Him », représentant Hitler en train de prier. Avant Toilet Paper, il avait également participé au Permanent Food magazine, « magazine cannibale » qui reprenait des clichés dénichés dans divers titres parus à travers le monde, toujours dans un état d’esprit choc et insolent. Pierpaolo Ferrari est quant à lui photographe et a travaillé au sein d’univers aussi variés que la mode ou la publicité auprès de grands noms comme Vogue. Il a en outre contribué à la création, la réalisation et la publication d’une revue artistique subjective et éclectique, « Le Dictateur », aux côtés de l’italien Federico Pepe.

Sorti de la tête agitée de ces deux trublions artistiques, le biannuel a bouleversé depuis 2010 les codes du magazine d’art contemporain. Composé uniquement de clichés qui empruntent leur esthétique à un collage pop épuré et ultra-coloré, Toilet Paper s’ancre entre l’œuvre d’art et le magazine populaire. Son nom ironise quant à lui sur la (haute) qualité des photos qui y sont proposées, et qui sont le résultat d’après leurs auteurs
« d’un processus de digestion à l’œuvre après une overdose d’images ».

Crédit – Maurizio Cattelan, Pierpaolo Ferrari

Un surréalisme envahissant au service d’une critique de l’époque

Reprenant les codes de la publicité ou de la mode, le magazine propose des clichés qui dérangent nos perceptions et décrient nos lubies et addictions contemporaines. Luxure, consommation à outrance, culte de l’apparence, y sont tour à tour représentés au cours d’une manipulation habile des codes au profit d’une composition souvent trash qui frôle l’absurde. Les clichés qui font grincer des dents ne sont pas rares sur les pages glacées du journal. Le style Toilet Paper n’est jamais banal, toujours disruptif. Et il n’a pas manqué de séduire tout un pan de la presse et de l’art contemporain.

Crédit – Maurizio Cattelan, Pierpaolo Ferrari

Ainsi, le magazine et ses créateurs étaient cette année à l’honneur aux rencontres photographiques d’Arles et il était il y a peu de temps possible d’admirer leurs clichés phares dans une exposition qui a pris d’assaut les Nouvelles Galeries parisiennes. En 2015, lorsque le New York Times magazine annonçait la refonte de son format, Maurizio Cattelan et Pierpaolo Ferrari furent parmi les premiers artistes choisis pour réaliser la Une du journal.  Pas à une contradiction près, le duo italien a également collaboré avec la marque de prêt-à-porter Kenzo, créant pour l’occasion un « Kenzine » où la mode s’est faite l’accessoire de leur patte photographique.

Une chose est sûre, nous n’avons pas fini d’être étonnés par l’ambiguïté kitsch et trash de Toilet Paper.


À propos de l'auteur
Diplômée de l'École Supérieure de Commerce de Marseille, Emilie aime aujourd'hui à manier les questions de société autant que la stratégie marketing. Elle écrit pour VICE, et a fait ses armes au sein du site d'infotainment Topito. Issue de la génération Y, la technologie et l'internet n'ont pas de secret pour elle.

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