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Se reconnecter à la nature et au temps avec l’argentique

Avis aux nostalgiques de la série M de Leica ou du fameux Nikon F2, la photographie argentique retrouve ses lettres de noblesse. Comparable au succès des vinyles dans l’industrie du disque, ce phénomène trouve écho chez nombre de photographes français qui, désireux de revenir à l’essentiel, redécouvrent la nature une caméra argentique à la main. Nous avons interrogé quatre d’entre eux, entre grands espaces et rapport au temps renouvelé.

Partir en voyage, revenir aux sources

Symbole d’une jeunesse en quête d’évasion, une nouvelle génération de photographes français renoue avec l’argentique, à l’instar de Julie Sarperi et Renaud Bonnet de Carnets de traverse, Valentin Duciel, Manu Fauque ou encore Arnaud Teicher. Si l’argentique comporte quelques inconvénients – boitiers encombrants, pellicules nombreuses, tirages coûteux –, il stimule la créativité à de nombreux égards.

« En numérique, on a le droit de cliquer 100 fois avant de faire la bonne photo, en argentique on fait plus attention » nous confie Manu Fauque. Il y a quelques années, il a sillonné avec ses copains les États-Unis et le Canada à bord d’un bus scolaire jaune baptisé the Magic Bus. « De la magie de Boston à la chaleur infernale New-Yorkaise, de Québec à Montréal en passant par le grand nord canadien, des immenses forêts aux paysages océaniques, nous avons parcouru près de 3000 km. En camping sauvage, en auberge ou en appartement, des moments de joie intense à ceux de déception, ce road trip nord américain va nous rester en tête pendant de longues années encore… ».

La photographie argentique prend le contrepied d’une époque marquée par l’instantanéité

Amoureux de la nature et nostalgique des années 60-70, Valentin Duciel, abonde également dans ce sens. « Éloigné de la ville, les jours se suivent et ne se ressemblent pas, les lumières changent, les couleurs s’altèrent… Toutes ces petites choses ont un impact sur votre perception du moment. La photo en argentique me permet de capturer ces instants sans fioritures. Lorsque j’appuie sur le déclencheur, j’ai envie de retranscrire l’état d’esprit dans lequel je me trouve. Le fait de photographier uniquement avec des pellicules est pour moi un choix, celui d’emprisonner à jamais cette liberté et ces instants passés, pour pouvoir les partager. Pas de contraintes électroniques, un nombre de vues limité, pour mieux se concentrer sur le présent, ce que l’on a tous tendance à oublier aujourd’hui » explique-t-il.

Les pellicules photos seraient au contraire un gage d’exigence et d’authenticité précisément parce qu’elles sont cohérentes avec le rapport au temps créé par l’immersion dans la nature.

© Valentin Duciel

Faire l’éloge de la lenteur

« L’argentique créée de la rareté et de la fragilité par rapport à l’image que tu fais, c’est une sensation différente, agréable. C’est vraiment une autre façon de faire de la photographie car, au delà du choix chromatique et du rendu, la pratique n’est pas la même, tu n’es pas tenté de te jeter directement sur ton laptop pour les traiter » nous précise Yann Audic, revenu à l’argentique après un voyage en Espagne.

La photographie argentique prend donc le contrepied d’une époque marquée par l’instantanéité des stories Snapchat ou Instagram, ou encore par la recherche immédiate de la perfection numérique. Alors que tout peut se calculer en termes d’influence ou s’étalonner à nouveau en termes de balance des couleurs, l’argentique ramène une part de rituel, voire de magie comme l’atteste Jean-Sébastien Stehli, rédacteur en chef de MadameFigaro et auteur du blog Photo Sensible. « Tout ce processus d’attente est très important. C’est un plaisir, mais également une forme de mini-rébellion contre le « tout de suite ». C’est la slow-photo qui remplace l’instant karma, comme aurait dit John Lennon. Il me semble qu’il y a une magie dans tout ce cycle. Or nous avons un profond désir de magie. La photo numérique, instantanée, c’est amusant un moment, mais on a assez vite envie de retrouver le mystère de la photo. »

Et si l’intérêt de l’argentique se nichait sans sa capacité à « ralentir l’accélération du temps » comme le poursuit Jean-Sébastien Stehli ? « Lorsque l’on récupère ses images développées, on choisit souvent le bon moment pour les regarder avec attention, au lieu de les sortir tout de suite de leur enveloppe. Et puis je veux des photos floues, ratées, surexposées, sans retouche, sans filtre, juste de l’authentique ! » conclut-il. Prendre son temps, accepter l’échec… Plus qu’une esthétique, l’argentique ne serait-il pas finalement devenu le reflet d’une philosophie de vie à contre-courant de la modernité, voire un appel à la résistance ?


À propos de l'auteur
Diplômée de Sciences Po Bordeaux et de l'Institut Français de la Mode, coordinatrice de collection dans le luxe, puis journaliste-rédactrice, Pauline écrit aujourd'hui au service de ses passions artistiques pour son blog éponyme, Paulette magazine, le Grand Palais, le Huffington Post ou encore L’Oréal Professionnel.

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