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Réalité virtuelle : la technologie stimule-t-elle vraiment la création ?

La réalité virtuelle augmente nos sensations et optimise nos expériences pour jouer, se faire plaisir ou encore consommer. Mais se situe-t-elle plutôt du côté de la prouesse technologique ou dans une démarche créative et créatrice de sens. Le VRLAB – Virtual Reality Laboratoire – réunit une communauté d’artistes, de scientifiques, d’ingénieurs et de chercheurs qui observent, analysent et discutent ces changements de paradigmes. 

Fondé en 2014, le VRLAB est une entreprise collective qui opère un travail de veille sur les réalités alternatives. Spécialistes de l’image – de la représentation en peinture jusqu’aux installations immersives – les artistes y participant s’interrogent en guides sur la manière dont le réel peut se projeter dans la création. Ce qui est en jeu ici, c’est moins la technologie en soit que le phénomène de masse qui lui est associé, sa démocratisation dans toutes les disciplines. Que se passe-t-il donc quand la réalité est copiée et le cerveau leurré par l’image ?

L’Innovation comme stimulateur de l’imagination

Ce « champ exploratoire fabuleux », comme le définit David Guez – fondateur du VRLAB – dans un entretien pour poptronics, est devenu l’un des terrains de jeu préférés des artistes. On le sait, le corps prend connaissance du réel avec ses sens et la neuroscience s’accorde à dire que 80% des informations passent par les yeux pour arriver au cerveau. La réalité virtuelle agit alors comme un extra-corps en proposant une nouvelle expérience du réel qui transmet, par le biais d’images, des sensations inédites suffisamment immersives pour permettre au cerveau de s’y croire.

Ainsi l’Hyper White Cube, projet initié par le VRLAB – sur un principe similaire à celui du Virtual Dream Center, centre d’exposition en ligne – est un monde virtuel de galeries virtuelles que chaque projet réel peut investir d’une programmation artistique.

En 2015, David Guez – lui-même artiste – s’associe à l’artiste digital Bastien Didier pour lancer le projet Lévitation ou « Comment léviter dans un espace virtuel en 3D ? ». Dispositif artistique et expérimental, Lévitation vise à stimuler nos capacités cognitives en nous entraînant virtuellement à léviter. L’espace reconstitué imite l’espace réel et propose à l’utilisateur (et son avatar) des exercices de concentration. L’objectif est ambitieux : influer et faire travailler nos propriétés sensorielles pour créer de nouveaux schémas neuronaux et à termes peut-être parvenir à léviter dans le monde réel. Faire de nous des êtres augmentés en somme, par la grâce et la puissance de la technologie.

La réalité virtuelle : science ou création ?

La question peut alors se poser dans cette expérience qui croise science et création : la quête sans limite de la prouesse technologique n’altère t-elle pas l’art en lui-même, la création, la critique ? Ne privilégie-t-elle pas toujours le nouveau en dépit du singulier ?

C’est le point de vue de certains détracteurs de l’art digital qui serait, selon eux, trop préoccupé par l’innovation au détriment de l’imagination… Cette course permanente à la nouvelle technologie ne nuirait-elle pas en effet à la création, à l’esprit ? C’est une tendance que nous avons pu observer ces dernières années : à chaque avancée numérique notamment, un mouvement naturel nous pousse à reprendre nos vieux outils, la caméra super 8 ou la pellicule photo. Oui, le vintage est à la mode. La preuve en est, le numérique finalement imite aujourd’hui les effets de l’analogique – comme dans les filtres photographiques par exemple. La même théorie peut s’appliquer en arts plastiques où on note chez la jeune scène émergente un net retour à la peinture, voire très récemment à la figuration. Ces gestes légitiment le faire, inscrivent l’œuvre dans une histoire, la nourrissent de références, la sacralisent.

Mais l’art comme l’innovation technologique ne sont-ils pas tous deux d’abord le fruit de l’imagination ? Albert Einstein disait ainsi que « l’imagination est plus importante que le savoir » car c’est elle qui créer la nouveauté. D’autant plus que l’artiste a toujours été proche des avancées technologiques, de Léonard de Vincu au peintre Giorgio Martini, qui a écrit les lois de la perspective. C’est aussi le point de vue de David Guez qui conclut ainsi : « La question de l’innovation ne m’intéresse pas tant que ça : ce n’est pas une fin en soi pour l’art. Cependant, la découverte et la curiosité au sens large (qui incluent donc aussi l’innovation, la recherche scientifique, la philosophie…) sont de bons véhicules pour la pensée artistique. Dans le cas qui nous intéresse, celui de la réalité virtuelle, grâce à la recherche et à l’innovation, nous obtenons un nouveau médium aussi révolutionnaire que la peinture, l’électricité et le Web. » Ce qui n’est pas rien.

Mi-créateur, mi-ingénieur, mi-entrepreneur, mi-scientifique, l’artiste digital capte l’imagination, étend la perception et créé des interactions entre la recherche et l’expérience, l’usage. Bien sûr, cette dynamique de réflexion et de production redéfinit le rôle de l’artiste. David Guez va plus loin encore en interrogeant le devenir des droits d’auteur : que devient l’auteur à l’heure où la matière narrative se virtualise ? À lui donc de créer un nouvel espace critique et pratique autour de ces nouveaux usages technologiques. Interagir, comme le préconise justement le VRLAB.

Crédits : copyright_ Giorgio Martini_LaCittaIdeale_1470, copyright_hyperwhitecube_VRLAB, copyright_levitation_VRLAB


À propos de l'auteur
E.R. est critique d’art et commissaire d’exposition indépendante. Diplômée de l’Ecole du Louvre, elle vit et travaille entre Paris et Bruxelles.

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