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Que signifie être un digital artist aujourd’hui ? Entretien avec Christian Petersen

Graphiste, photographe, journaliste et curateur, Christian Petersen se définit aussi comme un artiste numérique. Avec son projet de galerie en ligne, la Digital Sweat Gallery, il explore l’influence du web et des nouvelles technologies sur la création d’aujourd’hui.

Qu’est-ce qu’un artiste numérique pour vous ?

Christian Petersen : On définit traditionnellement un artiste numérique comme quelqu’un qui utilise la technologie digitale dans son travail. Or, utiliser ces outils pour créer est aujourd’hui devenu une norme ! La définition moderne s’est donc élargie pour englober les artistes et les œuvres qui explorent la culture du web et du digital, que ce soit de manière concrète ou figurée. L’art numérique peut prendre au final n’importe quelle forme, tant que les thèmes qu’il aborde explorent d’une manière ou d’une autre la question de la culture digitale.

« être un artiste à temps plein qui réalise un travail uniquement montrable sur Internet est un projet financièrement impossible »

Un artiste numérique peut-il uniquement créer sur des formats digitaux ?

C.P. : La nouvelle vague de l’art numérique est née quand les artistes ont commencé à faire de l’art pour et au sujet d’Internet, dématérialisant ainsi les formes. Le problème est que cet art nouveau est très complexe à monétiser. Être un artiste à temps plein qui réalise un travail uniquement montrable sur internet est un projet financièrement impossible. Ces artistes vont donc développer à côté une pratique plus « normale », dans laquelle ils réinjectent les thèmes qui leurs sont chers, dans des formes plus tangibles, identifiables et surtout plus vendables.

Un bon exemple serait l’artiste Dylan Neuwirth, originaire de Seattle, qui utilise beaucoup le support du néon, un média en apparence tout sauf numérique. Mais ce néon lui sert d’instrument pour aborder des thèmes tout à fait numériques comme les jeux vidéos ou la réalité virtuelle.

Vous êtes graphiste, designer, artiste, photographe, journaliste, curateur… L’artiste numérique doit-il nécessairement porter une approche plurielle ?

C.P. : Les artistes numériques peuvent produire des formes très différentes. C’est seulement l’ancrage de leur travail dans une dimension dite « numérique » qui détermine leur pratique. Mais cela aussi reste subjectif ! Je suis sûr que certains travaux que je considère appartenir à la culture « numérique » pourrait être envisagés par certains comme de l’art traditionnel ou même par d’autres pas de l’art du tout.

À titre personnel, le fait d’avoir une activité plurielle n’a rien avoir avec le fait d’être un artiste numérique… même si je dois reconnaître qu’il s’agit d’une problématique assez proche de celle que vit l’artiste numérique, dans la multiplicité des formes qu’il produit.

Avec votre projet de la Digital Sweat Gallery, vous faites un lien entre la technologie et l’érotisme. Est-ce le rôle de l’artiste numérique que de questionner la société à travers son utilisation des réseaux ?

C.P. : Lorsque j’ai ouvert la galerie, cela me paraissait très étrange que ces artistes qui se nourrissaient de la culture en ligne sous toutes ses formes n’abordaient jamais un thème qui, pour moi, était associé à la pornographie. Mais cela à beaucoup changé maintenant. De plus en plus d’artistes s’engagent sur les questions du genre et de la sexualité, inscrivant l’érotisme dans l’ère numérique.

Je pense à deux artistes qui abordent aujourd’hui ces questions : Leah Schrager et Faith Holland. Avec deux approches artistiques très différentes, elles explorent les notions de sexualité et d’identité et se retrouvent sur la question du féminisme. Elles questionnent ainsi le pouvoir d’Internet en se mettant en scène et en interrogeant l’image de la femme sur les réseaux sociaux, dans la publicité, ou encore les magazines.

« il faut éviter de réduire l’artiste à la technologie qu’il utilise, mais comprendre en quoi elle lui permet de livrer une vision singulière du monde »

Alors qui serait l’artiste numérique de la semaine 😉 ?

Je dirais que mon entretien préféré est celui que j’ai mené avec Pussykrew, un duo composé de deux artistes polonais. Tikul et mi$ gogo produisent des scénarios incroyablement futuristes à travers des installations multimédia, des images 3D, des clips vidéos ou encore des performances audiovisuelles.

Après cette rencontre, j’ai changé ma manière de faire des interviews en essayant de m’engager émotionnellement dans le récit, l’histoire de l’artiste au-delà de son travail, de sa technicité. Il faut éviter de réduire l’artiste à la technologie qu’il utilise, mais comprendre en quoi elle lui permet de livrer une vision singulière du monde. Internet est un outil dont plus personne ne peut se passer. Les artistes créent sur Internet, et si ils ne créent pas, ils communiquent en créant des images de leur travail qui en sont des nouvelles formes en soi.

Clip « That Other Girl » - Sevdaliza

Crédits : © Pussykrew / © Dylan Neuwirth, Absolute Zero, 2015, Image by Nathaniel Willson / © Leah Schrager, Infinity, 2016 / © Pussykrew x Long


À propos de l'auteur
E.R. est critique d’art et commissaire d’exposition indépendante. Diplômée de l’Ecole du Louvre, elle vit et travaille entre Paris et Bruxelles.

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