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Miss Me : une artful vandal dans les rues de Montréal

Si Miss Me donne dans le street art, ne lui dites surtout pas qu’elle est une street artist ! Elle se définit plus volontiers comme artful vandal, une vandale artistique, audacieuse et rebelle. Ses portraits oniriques collés dans les rues de Montréal, Hong Kong ou La Havane sont autant de visages interrogeant les codes de la pop culture et de la société de consommation. Portrait d’une rebelle qui a choisit la rue comme terrain de jeu et d’expression.

Une femme nue au visage caché par une cagoule affublée d’oreilles de Mickey fixe les passants. Sa poitrine est recouverte d’une licorne. Sa pose n’est ni sensuelle si suggestive, mais affirmée, présente. On retrouve sa silhouette collée sur les murs du monde entier. Voici la Vandale, figure récurrente et originelle de l’œuvre de MissMe. Si l’artiste peut aujourd’hui se targuer d’une réputation internationale dans l’univers masculin du street-art, c’est avec la Vandale que tout a commencé.

3. La Vandale - Avec l'aimable autorisation de MissMe - www.miss-me-art.com

La Vandale – Avec l’aimable autorisation de MissMe – www.miss-me-art.com

Miss Me : censurée sur Instagram, affichée dans la rue

En 2011, MissMe est directrice artistique senior dans l’une des plus grandes agences de pub de Montréal. Une vie qu’elle décrit volontiers comme extrêmement séduisante, mais dont elle s’est progressivement sentie devenir l’esclave. Un jour, un selfie publié sur les réseaux sociaux se voit censuré par Instagram et Facebook, qui bloquent ses comptes.

« Je me suis sentie censurée pour être née femme, explique-t-elle à CULT MTL. Alors que des contenus haineux, voire même pornographiques s’étalent au grand jour, il ne s’agissait que de moi et de mon corps. J’étais tellement en colère que j’ai dessiné la Vandale et j’ai été la coller partout dans les rues. Et je me suis que puisque je n’avais pas le droit d’être sur Instagram, j’allais descendre dans la rue. »

De Dakar à La Havane, une contre-voix féministe

Les collages de l’artiste montréalaise s’affichent désormais dans les rues de Paris, New-York, Dakar, La Havane ou encore Hong-Kong.

Si la pop-culture est dominée par les starlettes de télé-réalité et les mannequins de lingerie, Miss Me leur oppose des figures féminines plus éclatantes. Sa série « Aspire to Inspire » se compose ainsi des portraits de Maya Angelou, Simone de Beauvoir, Helen Keller ou encore Malala Yousafzai. « C’est juste une façon pour moi de dire qu’il existe d’autres femmes que nous devrions mettre à l’honneur. Ce qu’on voit dans la rue, ce n’est pas ce que nous devrions enseigner à nos filles, ni ce qu’une femme devrait être. Être jolie, riche, avoir du succès et porter de belles robes n’est pas ce à quoi nous devrions aspirer. »

1. Série Aspire to Inspire - Avec l'aimable autorisation de MissMe - www.miss-me-art.com

Série Aspire to Inspire – Avec l’aimable autorisation de MissMe – www.miss-me-art.com

Dans une capsule du média californien Brit & Co, elle précise sa pensée : «  L’importance de l’apparence, une certaine idée préconçue d’être féminine sont des choses qui touchent profondément l’estime de soi. Je pense que c’est un outil puissant qui a été utilisé pour garder le pouvoir sur nous. Et ça m’enrage. Je ne suis pas en mission, je ne fais pas la révolution. Mon travail n’est qu’une contre-voix que je dresse face à un discours ultra-simpliste. » D’où l’importance pour les professionnels de la communication de promouvoir une représentation visuelle à la fois plus réaliste, diversifiée et responsable des femmes dans la société.

3. La Vandale - Avec l'aimable autorisation de MissMe - www.miss-me-art.com

Série Aspire to Inspire – Avec l’aimable autorisation de MissMe – www.miss-me-art.com

Une œuvre protéiforme, la rue comme terrain d’expression

MissMe a alors choisi le médium de la rue en ce sens qu’elle est l’agora où la société définit ses codes. L’artiste rappelle régulièrement sur les réseaux sociaux que ses collages doivent rester dans la rue, à la vue de tous et qu’ils perdent tout leur sens s’ils sont récupérés par des individus « pour décorer leur salle à manger ». Si elle expose également en galerie, comme récemment chez Fresh Paint et au Centre Phi de Montréal, la rue reste son terrain d’expression favori.

Car les revendications de la sextiviste vont au-delà de la représentation des femmes dans l’espace public. Ses œuvres les plus récentes interrogent largement l’impact de la publicité dans nos sociétés. Une autre figure récurrente de son œuvre est Lady Lie-Berty, dont la couronne a été remplacée par une coiffure amérindienne et la torche par un totem. Enfin, dans sa récente série « Ignore your power », MissMe interroge les montréalais sur les conditions de fabrication de produits devenus courants, tels que les smartphones. En retournant les codes publicitaires classiques, l’artiste questionne le passant sur la légitimité de la surconsommation et son impact sur la condition humaine.

Bien sûr, ses œuvres ne sont pas du goût de tous. Ses Vandales en papier collé sont arrachées, recouvertes, voire masquées d’une bâche. Un acte qu’elle qualifie avec ironie de « Burqa 2D pour une femme 2D » et qui semble démontrer que l’art, comme tout autre moyen d’expression de ses convictions, reste sujet au débat entre libération des uns et sentiment d’oppression des autres.

Crédits : MissMe – www.miss-me-art.com


À propos de l'auteur
Diplômée de Sciences-Po Lyon et de HEC, consultante spécialisée en gestion de la créativité et en positionnement de marque pour les entreprises culturelles, Julia est directrice de publication du magazine "Plüm - A creative journey" et écrit notamment pour LVMH et L’Oréal.

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