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L’imagerie d’Épinal, un géant de l’iconographie en pleine réinvention !

L’Imagerie d’Épinal vient de fêter ses 220 ans. Mais n’allez pas croire que la vénérable institution se repose sur son statut d’Entreprise du Patrimoine. Celle qui hier jouait aux belles endormies se réveille pour reprendre sa place parmi les géants de l’iconographie mondiale. Portrait d’une institution qui se réinvente sans se renier.

À la création de l’Imagerie d’Épinal en 1796, l’impression était le seul média disponible pour transmettre la culture, le savoir, mais aussi l’actualité. Distribuées par un réseau de boutiques et de colporteurs, les images créées par les graveurs, enlumineurs et dessinateurs étaient les précurseurs des médias de masse.

Concurrencée au 20ème siècle par la radio, le cinéma et la télévision, elle est aujourd’hui la dernière imagerie en activité dans le monde.

Suite à sa reprise en 2014 par deux entrepreneurs, Pacôme Vexlard et Christine Lorimy, grâce au soutien d’une société d’économie mixte chapeautée par la mairie d’Épinal, une nouvelle ère commence pour elle.

Mettre les savoir-faire à la portée des professionnels de demain

Une visite à l’Imagerie d’Épinal reste une plongée dans un autre monde. On y pratique encore la stéréotypie, l’impression à l’aide de presses Gutenberg manuelles et à partir de dessins gravés sur des plaques métalliques, mais aussi la lithographie, à travers un fonds de 6 000 pierres gravées. L’Imagerie d’Épinal est également en possession des deux dernières Aquatypes au monde. Ces machines construites en 1911 et 1922 ont marqué le début de l’industrialisation de l’impression via l’application de couches successives de couleurs.

Ici pourtant, pas de nostalgie. L’Imagerie accueille chaque année des étudiants venus se former aux techniques classiques d’impression. Une partie de la production, planches d’albums et planches à découper, est toujours imprimée sur les aquatypes. En juin 2016, l’Imagerie a organisé le premier Week-end du dessin de presse et de l’illustration, contribuant à asseoir Épinal comme capitale de l’image.

Depuis le 1er juillet 2016, la réalité augmentée a fait son entrée dans l’Imagerie, que l’on peut visiter grâce à des Histopads. Tablette numérique en main et casque sur les oreilles, on pousse la porte de la Cave aux Pierres lithographiques, on actionne les presses, on interroge les artisans. Un procédé déjà utilisé au château de Chambord et au musée Grévin.

L’Imagerie d’Épinal : des archives d’hier aux artistes d’aujourd’hui

Les archives de l’Imagerie d’Épinal sont constituées de plus de 40 000 images imprimées. Un véritable rêve pour les designers, les marques et même les tatoueurs qui peuvent y avoir accès dans le cadre d’un accord de collaboration avec l’Imagerie. Les droits intellectuels et patrimoniaux attachés aux images assurent ainsi une partie croissante des revenus de l’entreprise dont le chiffre d’affaire annuel est estimé à 850 000 €.

Mais l’Imagerie d’Épinal collabore également avec de nombreux artistes contemporains, avides de se frotter à cette légende de l’iconographie mondiale. Illustrateurs, dessinateurs, graffeurs, photographes et vidéastes contribuent ainsi à augmenter le fonds iconographique tout en réinventant les classiques. L’entreprise commercialise dorénavant des illustrations de Serge Bloch, créateur de la série Max et Lili, de Chanoir, ou encore de Joann Sfar.

Collections-capsules et éditions limitées avec de grandes marques

Le fonds iconographique est, pour Pacôme Vexlard, un levier pour assurer la notoriété et la stabilité économique de la marque. L’Imagerie développe ainsi des réseaux de distribution en papeterie pour des produits dérivés arborant les images les plus emblématiques de l’entreprise. Affiches, recueils d’images, originaux signés, mais également abat-jours, confiseries, tote bags ou T-shirts : un tour au magasin de l’Imagerie suffit à prouver que les supports ne manqueront pas. L’ouverture d’une boutique à Londres est en projet, après le succès de la boutique éphémère installée à Paris pendant les fêtes de Noël 2015.

Textiles ou décoration : chaque année, la direction choisit trois à quatre projets de collaboration d’envergure avec des marques reconnues. Collections-capsules et éditions limitées permettent de valoriser la notoriété de l’Imagerie. L’entreprise est ainsi en pourparlers avec une marque de papier peint pour la décoration d’une chaîne internationale d’hôtels de luxe. À en croire le nouveau co-directeur, « ce n’est que le début ! ».

L’ouverture du capital prévu pour les prochaines années devrait propulser l’Imagerie sur la scène internationale et assurer sa pérennité. Le tout au risque d’y perdre son âme ?

Pour Pacôme Vexlard, le développement de la marque ne doit pas se faire au prix de son identité, à la fois prestigieuse et populaire. Son rêve serait de voir l’Imagerie retrouver sa place dans nos vies quotidiennes, en version imprimée ou sur des produits dérivés. L’Imagerie d’Épinal correspond à une ligne éditoriale précise, où l’illustration se mêle à l’éducation. Si les images de propagande appartiennent au passé, le développement de l’entreprise passe par les ponts qu’elle sera capable de construire entre son passé glorieux et un futur à illustrer.

Crédits : Imagerie d’Epinal


À propos de l'auteur
Diplômée de Sciences-Po Lyon et de HEC, consultante spécialisée en gestion de la créativité et en positionnement de marque pour les entreprises culturelles, Julia est directrice de publication du magazine "Plüm - A creative journey" et écrit notamment pour LVMH et L’Oréal.

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