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Les visites interactives, l’avenir de la culture et des musées ?

Offrir une extension digitale à un événement, permettre au visiteur de s’immerger à 360° dans une exposition et prolonger ainsi sa durée de vie, en ligne, sont les enjeux que développe l’Agence SISSO, spécialisée dans les contenus digitaux, notamment la visite virtuelle. Explication avec Benjamin Lanot, co-fondateur de l’agence.

Vous sortez de HEC, votre associé est photographe. Racontez-moi comment vous est venue l’idée de développer les visites virtuelles ?

Benjamin Hélion et moi nous sommes retrouvés autour de notre passion commune pour l’art. J’étudiais le business et la création d’entreprise à HEC pendant que Benjamin étudiait la photographie à l’École des Gobelins. Compte tenu de la richesse de l’offre culturelle à Paris, on s’est dit alors qu’il serait intéressant de pérenniser certaines expositions ou événements temporaires en créant un dispositif qui permettrait à la fois de prolonger leur existence et d’offrir un accès à un public plus large encore.

Vous avez réalisé, entre autres, la visite virtuelle du Grand Palais, de l’exposition « Versailles et l’Antique » au Château de Versailles, de l’exposition de Sonia Delaunay au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris ou encore de la FIAC… L’art est-il propice à ce besoin d’immersion ?

Tout a fait, d’autant plus que les musées et institutions favorisent de plus en plus les scénographies immersives : elles s’éloignent d’une approche linéaire pour aller de plus en plus vers l’installation, le multimédia et le transmédia avec une combinaison image / son / vidéo. Ce sont des dispositifs qui fonctionnent bien avec le virtuel.

Je pense aussi qu’il y a une demande de la part des artistes de se diffuser autrement, et notamment via le web. Dans la musique, beaucoup de musiciens ont commencé leur carrière sur YouTube ou sur des plateformes web pour accéder ensuite à la notoriété classique. Peut-être va-t-on assister à un mouvement similaire pour les arts plastiques. Le virtuel va permettre parfois une primo diffusion, de découvrir ou de dénicher certains artistes.

Le virtuel pourrait finalement devenir un paramètre qui influerait sur la production-même des artistes ?

Oui, c’est une idée à laquelle on réfléchit beaucoup à travers les scénographies virtuelles, c’est-à-dire des expositions 100% virtuelles. Nous avons ainsi créé, pour la Maison Européenne de la Photographie, le site MEP virtuelle pour lequel on a imaginé avec le directeur du Musée Jean-Luc Monterosso et plusieurs artistes des scénographies complètement virtuelles à partir d’une modélisation d’espaces d’exposition en 3D. Certains établissements ont tout simplement des problèmes de place : le virtuel agit alors comme une solution d’extension.

Peut-on finalement, imaginer que l’on puisse se passer du réel ?

Nous ne pensons pas du tout que le virtuel ait vocation de se substituer au réel, mais au contraire que le rapport à l’œuvre d’art et au patrimoine doit rester physique. Beaucoup de clients craignaient, au départ, que le virtuel ne cannibalise le réel et ne leur fasse perdre du public. À l’usage, l’inverse se produit : le virtuel agit comme un teaser et donne envie aux gens de se déplacer et de voir une exposition « réelle ».

Les grandes révolutions industrielles comme l’imprimerie, le téléphone ou Internet, n’ont pas mis à mal le réel, mais l’ont au contraire enrichi et changé la façon dont on l’appréhende. Notre démarche tient plus du domaine de l’extension des trois temps que l’on distingue en muséographie : l’avant, le pendant et l’après-visite.

Les visiteurs interactifs sont-ils différents de ceux des expositions ?

En partie. Nos clients essayent de cibler sur le web des publics qu’ils ont moins l’habitude d’atteindre, surtout les jeunes. Le visiteur habituel des musées de taille moyenne ou petite correspond plutôt à un public féminin ayant entre 35 et 65 ans. Les visites virtuelles, en revanche, vont être relayées par des médias plus jeunes et notamment les réseaux sociaux.

Acteurs publics, entreprises, visiteurs, quels sont les avantages pour chacun ?

La notion d’archivage est très importante, notamment pour les acteurs publics qui ont une mission de conservation et se projettent dans le long terme. D’un point de vue technique, la visite virtuelle constitue un outil de travail pour monter les expositions. Mais il s’agit aussi d’un outil de marketing. Dans l’univers marchand, comme pour la FIAC, la visite virtuelle permet par exemple de commercialiser des espaces d’exposition en montrant en amont aux clients comment leur stand sera disposé. Les visiteurs virtuels sont également des collectionneurs qui utilisent l’outil pour repérer des œuvres.

Le développement des outils 3D ou de réalité augmentée constitue l’une des directions privilégiées de l’Agence. Quel est le futur de la visite virtuelle ?

Nous sommes dépendants de deux critères : la qualité des écrans et la rapidité de connexion. L’avenir des visites virtuelles passe par une plus grande proximité entre le réel et la 3D, comme on en voit apparaître des applications dans le jeu vidéo. Ces connexions vont nous permettre notamment de nous éloigner d’une technologie point par point, pour aller on l’espère vers une totale fluidité, et donc une immersion plus grande.

Crédits : Agence Sisso


À propos de l'auteur
E.R. est critique d’art et commissaire d’exposition indépendante. Diplômée de l’Ecole du Louvre, elle vit et travaille entre Paris et Bruxelles.

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