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Le Nouveau Surréalisme ou l’image à l’ère digitale

Atmosphères flottantes, hyper-réalité, fantasmes ou délires architecturaux, depuis 2010, des créations d’un genre nouveau font irruption sur nos écrans. Grâce au numérique et à l’animation, elles repoussent toujours plus loin les limites du réel.

Nouvelles technologies En berne depuis la mort de Salvador Dali, le surréalisme trouve un second souffle à travers des œuvres réalisées grâce aux moyens de production actuels (image digitale, animation, vidéo 3D), et dont la diffusion bénéficie de la facilité et de la rapidité permise par Internet. Si comme le définit André Breton lorsqu’il emploie le terme pour la première fois en 1924, le surréalisme serait l’exercice de la pensée en l’absence de contrôle, il trouve avec le développement des techniques numériques un territoire particulièrement propice au floutage des frontières de notre réel. Nos vies sont digitales et Internet a changé notre manière de concevoir, créer et consommer l’image. Inventer, multiplier, superposer puis faire disparaître devient facile. Partant de là, pour les esprits les plus ingénieux et les imaginations les plus fertiles, rien ne devient impossible ! Surréalisme et surréalité font un retour remarqué au sein des tendances visuelles majeures à l’époque actuelle.

Nouveau morphisme Internet a profondément modifié la morphologie de ce qui nous entoure, démocratisant les formes et les paysages, introduisant une conception non-linéaire et non-hiérarchisée du réel. L’artiste et plasticien français Philippe Ramette avait déjà commencé au début des années 2000 à défier dans ses photomontages-autoportraits les lois de l’apesanteur et de la logique. Mais c’est une nouvelle génération, « net-addict », geek et surdouée des nouvelles technologies qui s’applique depuis quelques années à passer la réalité au kaléidoscope.

Philippe Ramette, BalconII, 2001

Philippe Ramette, Exploration rationnelle des fonds sous-marins, 2006

Dans sa dernière animation 3D, UVHS (Uncanny Valley High School), l’artiste américain Scott Gelber nous propose de traverser la sphère Internet dans un travelling aussi inquiétant qu’infini. Dans les entrailles du web règne ici le chaos… et l’éternel recommencement.

Issu du monde des jeux vidéos et de la publicité, le graphiste Jonathan Monaghan utilise un logiciel de modélisation 3D disponible dans le commerce et monte en boucle ses courtes mythologies futuristes à la manière de gifs animés.

De son côté, le suédois Erik Johansson, manipulateur et « superposeur » d’images nous promène dans ses photomontages aux allures absurdes de fin du monde. Sa technique mixte mêlant photographie, prise de vue en studio, peinture, maquette et retouche numérique est un vaste puzzle que l’artiste réalise en trois étapes distinctes : croquis, prises de vue et assemblage.

Erik Johansson, Landfall The green power, 2014

C’est au tout numérique que se remet quant à lui Martin Vlach en additionnant dans ses photographies noir et blanc ses propres clichés avec des images existantes, rêves ouverts où se regardent nager dans le ciel les baleines.

Martin Vlach

Transgressant enfin les limites entre photographie et art digital pour les fusionner définitivement, le photographe chilien Jon Jacobsen, admiré pour « son talent dans la photo-manipulation », retranscrit un monde mental loufoque où les temps, les situations et les espaces se rencontrent sans jamais vraiment s’accorder…

Jon Jacobsen

Nouveau réel Dans ce réel qui semble douter de lui-même, déroutant, psychédélique parfois, l’image surréaliste nous rappelle que grandir avec nos ordinateurs portables sur nos genoux ne nous a finalement pas complètement éloigné de nous-même. « Les images animées que je produis s’inspirent de ce que nos sens perçoivent du quotidien au quotidien », explique ainsi Jacobsen à Openminded.com. Si le surréalisme englobe l’hypothèse de comprendre le conscient en passant par les affres de l’inconscient, la nouvelle photographie surréaliste, et ses auteurs nourris et façonnés au digital et à la 3D, ont sans doute contribué à ouvrir de nouvelles portes. C’est encore ce que l’artiste grec Adam Martinakis nous rapporte à travers les formes déstructurées de ses compositions. Images ou sculptures numériques, animations 3D, graphisme, web design, un « open mind » à ciel ouvert qu’il enseigne aujourd’hui dans une école de la capitale héllénique. Pluridisciplinaire et multi-facettes lui aussi, Adam Martinakis est également architecte d’intérieur… Imaginez un peu à quoi ressemblerait votre maison s’il se prêtait à l’exercice 😉

Adam Martinakis, White in black for a while

Crédits : Erik Johansson, Philippe Ramette, Scott Gelber, Martin Vlach, Jon Jacobsen, Adam Martinakis


À propos de l'auteur
E.R. est critique d’art et commissaire d’exposition indépendante. Diplômée de l’Ecole du Louvre, elle vit et travaille entre Paris et Bruxelles.

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