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Le glitch art : bug is beautiful

À l’heure du règne de l’image photoshopée, parfaite, lisse et sans aspérité, la tendance au glitch art vient nous rappeler que l’erreur est belle. Vive la corruption des images !

Nous nous sommes tous déjà retrouvés face à une image illisible sur son écran de télévision. C’était notre première rencontre avec un glitch. Le glitch est donc un bug dans la lecture d’un fichier, à l’origine d’aberrations visuelles… ou d’accidents esthétiques.

C’est à partir de ce dernier constat qu’est né le « glitch art » : une démarche consistant à altérer les données d’un fichier image (ou vidéo), pour générer des curiosités visuelles.

Le glitch : le dernier mouvement artistique ?

Le glitch art est un mouvement artistique, comparable à l’action painting de Jackson Pollock. Quel est le point commun entre éclabousser une toile et faire boguer un .jpg ? L’importance de « l’acte » créatif : l’intérêt de l’œuvre réside dans le processus de création plutôt que le résultat final.

Or, les manières de glitcher sont infinies et dépendent autant du matériel (ordinateur, télévision, etc.) que du logiciel utilisé. Il suffit notamment d’éditer un .jpg avec un logiciel non adapté à la lecture d’images. Certains réussissent même à produire des œuvres synesthésiques, en utilisant des logiciels destinés au traitement audio.

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Le glitch art est né et a grandi avec le numérique. Il évolue au sein ou en parallèle de l’art génératif : la création d’œuvres aléatoires ou automatisée par des algorithmes. Concept esthétique, le glitch art connaît, dans le début des années 2000, un véritable engouement. Tant et si bien que la Tate Modern a récemment dédié une exposition aux meilleurs glitchs d’œuvres d’art, ouverte à la participation du public.

Le glitch art est le dernier mouvement artistique, digne des pratiques du web 2.0 : collaboratives et open source. Le glitch art est nourri par une communauté active, présente sur les réseaux sociaux. Les plus geek des glitch artistes vont jusqu’à coder leur propre interface de glitching et le partager gratuitement, afin que d’autres se l’approprient et intègrent leurs améliorations.

Glitch art, subversivité et sérendipité

Le glitch art consiste à détruire une image pour en créer une nouvelle. Cette contradiction a du sens : à l’heure de la maîtrise ultime de l’image grâce aux logiciels comme Photoshop, y intégrer un bug, c’est une façon de rappeler que l’image n’est pas réelle, et que le beau réside aussi dans l’imperfection.

En ce sens, le glitch art peut revêtir un aspect contestataire, en affirmant que l’erreur a une valeur esthétique. Puisque l’erreur est humaine, intégrer une erreur au sein d’une image virtuelle, n’est-ce pas, in fine, l’humaniser ?

Avec le glitch, l’image est fragmentée, chaotique, brouillée. Le glitch libère les formes, les lignes et les couleurs. Il nous évoque les œuvres de peinture abstraite, cubiste, ou futuriste. Surtout, le glitch révèle au sein de l’image une nouvelle image, inattendue et hasardeuse.

Le glitch art est donc un art dans la sérendipité. Par les découvertes visuelles qu’il provoque, il vient renverser notre perception d’une image et stimuler notre imagination.

Ici, le glitch révèle-t-il une aura ? La disparition inéluctable du corps ? La défaillance de la mémoire ?

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Et là, le glitch rappelle littéralement la fonte des glaces.

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Le glitch art interroge enfin notre rapport aux images et à leur dimension virtuelle. À l’heure des médias omniprésents et de la diffusion constante d’images et d’informations aussi immédiates qu’éphémères, quelle est la valeur et la part de réel à accorder aux images ?

 Quand le glitch sort des écrans

Désormais, les glitchs se concrétisent également dans le réel. Ils se retrouvent en peinture, ou encore comme motifs appliqués à des tapis. Le glitch se libère même des surfaces planes pour exister en sculpture ou en impression 3D. La dernière prouesse du glitch art ? Le glitch appliqué à l’architecture !

Alors, qu’attendez-vous pour glitcher ?

 

Allison SIMONOT

Crédits:  ©Steve Schneider / ©Mathieu St-Pierre, autoportrait, 2013 / ©Giacomo Carmagnola, All ice on me, 2014

 

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À propos de l'auteur
Polymorphe, diplômée de Sciences Po et photographe plasticienne. Cultive l’indépendance et les collaborations éclectiques, avec les agence de communication comme les groupes de musique. Couteau-suisse chez Oh Ah (direction de création) et auprès d’UBTrends (prospective urbaine). Passion enthousiaste pour les images, l’exploration, l’expérimentation, l’échange libre des idées, tout ce qui sort du commun… et Franck Zappa.

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