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Le Data-Art : lorsque la création s’inspire des données

Ce n’est pas nouveau : les artistes s’intéressent à la science et à l’information ! De la figure classique du scientifique-artiste comme la concevait Albert Einstein aux créateurs designers d’infographies, imagination, data et interprétation échangent depuis des siècles au sein d’un cercle vertueux. Avec le développement des nouvelles technologies, rien d’étonnant donc à ce que les artistes s’inspirent de la Data pour créer des œuvres et des animations qui s’inscrivent dans une toute nouvelle dimension.

1- Décoder l’intangible : comment interpréter la data ?

Comme l’indiquent justement les « Data Paintings » de l’artiste Refik Anadol – réalisées à partir des données portant sur la vitesse du vent, la courbe du temps ou de la température influant la ville de Boston aux Etats-Unis – l’exploration artistique de la data est d’abord la poétisation d’un langage invisible. Les Hidden Landscapes de l’artiste détectent ainsi les mouvements intangibles.

Notre quotidien est rempli d’algorithmes. L’objectif des Data Artists est de métamorphoser ces données en matériel esthétique, mais aussi parfois en matériel pédagogique. Par célèbre infographie du dessinateur Randall Munroe sensibilise au changement climatique grâce à l’humour. C’est également le cas de Matt Willey et de son Poster 2060 qui nous livre ses prévisions pessimistes sur la progression de la destruction de la forêt amazonienne.

Historiquement, l’implication des artistes dans la lecture de data ne date pas d’hier. En 1970 déjà, Kynaston McShine organise l’exposition « Information » au MoMa à New York. Rassemblant des artistes comme Daniel Buren, Vito Acconci, Dennis Oppenheim ou Jeff Wall, l’exposition est un premier exemple du traitement créatif d’archives publiques. Une centaine de vidéos et d’installations confrontent ainsi leurs interprétations de contenus politiques et médiatiques.

Dans le catalogue de l’exposition, le curateur explique : « De plus en plus d’artistes utilisent le courrier, les télégraphes, le télex, etc. pour transmettre leur propre travaux – photographie, films, documents – ou diffuser de l’information sur leur activité ».

2- Esthétiser l’intangible : comment sublimer la data ?

Listening Post des artistes Mark Hansen et Ben Rubin est une installation visuelle et sonore qui compile en temps réel des fragments de textes issus de milliers de conversations d’internautes. Lus à un rythme régulier par une voix synthétique, les textes sont retranscrits simultanément sur une grille d’écrans digitaux.

Le Data Artist Peter Crnokrak nous explique qu’il « utilise la data pour figurer la dimension plastique de la réalité et de l’expérience ». « La data est la base de mon travail, ma démarche est un contrepied à la fiction. La nature indéfinissable de notre réalité stimule beaucoup plus l’imagination que la fiction », poursuit-il.

Le contexte technologique est aussi ce qui inspire l’artiste Julian Oliver et son Packet Garden, fabuleux voyage presque psychédélique dont les couleurs, les formes et les volumes représentent nos mouvements sur le web comme une promenade dans un jardin imaginaire.

La data virtuelle est donc devenue LA matière première d’incroyables compositions de synthèse qui subliment le phénomène de procrastination associé à notre utilisation d’internet.

L’artiste Stefan Sagmeister essaie ainsi de reprendre le pouvoir sur l’abstraction des chiffres, des flux, et des algorithmes. Move your Money est une interprétation humoristique en 3D des échanges monétaires internationaux. Message, sensibilisation, prévention, mais aussi séduction.

Et si le Data Art était la solution pour rendre attractive une information utile mais indéchiffrable ?

3- Utiliser l’intagible : marketer la data

Le Data Art ne brouille pas seulement la frontière entre l’art et l’information mais également entre l’art et le marketing. L’agence Bright, créée en 2015 par Abdel Bounane et Martin-Zack Mekkaoui, veut offrir une nouvelle vie à la data en métamorphosant pour ses clients leurs données en œuvres numériques fascinantes. Selon eux, l’art doit sortir des galeries et des musées pour s’immiscer dans les sphères publiques.

En confiant ces data à des artistes professionnels, Bright sublime la mythologie des marques en partant simplement de leur matière première ! Pour Twitter en 2015, à l’occasion du #MuseumWeek, l’Agence créé une animation vidéo basée sur les données des profils Twitter de 2207 musées de 64 pays différents. L’ADN du « Musée », ou plutôt de son activité virtuelle, prend ici forme.

Aujourd’hui plus que jamais, art et information sont liés et visent le même dessein : captiver, fasciner et séduire. Peter Crnokrak dit que « le rôle de l’artiste comme du scientifique est de faire briller la lumière sur l’inconnu ». Et la boucle est bouclée.

Crédits : Peter Crnokrak, Matt Wiley – 2060, Julian Oliver


À propos de l'auteur
E.R. est critique d’art et commissaire d’exposition indépendante. Diplômée de l’Ecole du Louvre, elle vit et travaille entre Paris et Bruxelles.

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