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La réalité virtuelle, l’avenir du documentaire ?

Il y a deux mois, le blog iStock interrogeait les possibilités ouvertes par l’arrivée de la réalité virtuelle dans le champ du journalisme. Dans le domaine du documentaire, la technologie dispose également de sérieux arguments pour réinventer la manière de saisir le réel, entre machine à se télé-transporter ou à remonter le temps.

La réalité virtuelle est en passe d’amorcer un tournant décisif dans la façon de produire et de consommer des documentaires. Interrogé récemment par le Huffington Post, le créateur de Discovery Channel — John Hendricks —, affirmait lui-même voir dans la réalité virtuelle l’avenir des films documentaires. « Je suis très intrigué par la réalité virtuelle (VR), qui donne aux gens une expérience plus proche de la réalité. Nous commençons à filmer de nouvelles productions en VR parce que ce sera la façon ultime de vous emmener au sommet d’une pyramide ou de l’Himalaya, ou de vous montrer la migration de la faune en Afrique » statuait-il en parlant de futurs projets.

Le lent chemin du documentaire vers l’immersion

Chaque année, ce sont environ 26 000 heures de documentaires qui sont diffusées sur les chaînes de télévision nationales gratuites. Le secteur se porte bien, avec des chiffres globalement à la hausse ces dernières années, en partie grâce à l’évolution de sa narration via une personnalisation croissante du propos : un documentaire historique aura tendance à suivre la destinée d’une famille emportée dans le tourbillon de l’histoire, tout comme un documentaire animalier se concentrera sur un troupeau, voire une mère et son petit.

Ce premier pas vers l’immersion s’est accompagné d’une diversification des supports à travers lesquels vivent les documentaires. Ainsi, outre la télévision, Internet, les supports écrits, les supports mobiles mais aussi le street art constituent autant de lieux pour faire vivre le documentaire. En marge de la rencontre « Transmédia, vers de nouvelles narrations documentaires », qui s’est tenue à Paris en 2014, les réalisateurs Andréa et Johann Haung expliquaient que la multiplication des supports augmentait la durée de vie des documentaires et créait une interactivité nouvelle avec le spectateur.

Depuis, les grands médias du documentaire et du journalisme, comme Time – à travers « Life VR », sa plateforme dédiée au documentaire en réalité virtuelle – ou encore Arte, la BBC ou le New York Times se sont mis au diapason du virtuel. Une nouvelle ère ?

Storytelling, expérience du spectateur : s’affranchir du temps et de l’espace

S’affranchissant des deux limites inhérentes au documentaire – voyager dans l’espace ou dans le temps – la réalité virtuelle entend accélérer cette mutation vers une immersion sensorielle qu’il n’est pas possible d’obtenir par la simple lecture d’un article ou le visionnage d’un film. Le but du réalisateur n’est alors plus tant de véhiculer une simple information, de demander aux spectateurs « avez-vous compris ? », mais plutôt « vous sentez-vous présents à nos côtés ? ».

Le genre documentaire est ainsi amené à définitivement délaisser l’aspect didactique du discours au profit de l’aspect pédagogique de l’expérience. Ce qui comporte toutefois un risque majeur, selon Andréa et Johann Haung : « Aujourd’hui, de grands financeurs misent actuellement sur des expériences interactives, ce qui peut être très intéressant. Toutefois, la forme ne devra pas prendre le dessus sur le fond, mais bel et bien être au service de celui-ci. Ou alors nous ne sommes plus dans un esprit « documentaire ». L’équilibre doit donc être très subtil ! »

Cette volonté de placer le spectateur au cœur de la narration suppose en effet de repenser l’ensemble de la chaîne de production documentaire. Outre la scénarisation et le storytelling, l’espace et la proximité prennent une toute autre dimension, obligeant les réalisateurs à penser en termes de « cercles » et de champs plutôt qu’en terme de cadrage.

Des barrières financières et techniques encore importantes

Si la réalité virtuelle est aujourd’hui accessible à quelques géants médiatiques, les plus petits producteurs ont quant à eux plus de mal à sauter le pas. En effet, une minute de film en réalité virtuelle coûte environ trois fois plus cher à produire que pour un film normal, selon les dires du producteur Nicolas Lesoult.

D’autre part, la réalité virtuelle nécessite encore quelques ajustements techniques, ainsi que de longues heures de post-production. Elle réclame donc un équipement pointu, permettant d’obtenir la fluidité et la qualité nécessaires au sentiment d’immersion et de limiter les sensations de nausée induites par la VR. Certains arguent que 90 à 120 images par seconde seront bientôt la norme, afin d’obtenir l’effet de « télé-transportation » souhaité.

La complexité de la production rend difficile le traitement de sujets éminemment urgents, ce qui constitue une barrière plus prégnante dans le domaine du journalisme que du documentaire. En revanche, la réalité virtuelle ne permet toujours pas de traiter des sujets longs, les casques de VR étant encore aujourd’hui peu confortables à porter. Un écueil majeur. Deux faits qui limitent encore les perspectives, mais pour combien de temps encore ?

Crédits : 621108156 rdonar


À propos de l'auteur
Diplômée de l'École Supérieure de Commerce de Marseille, Emilie aime aujourd'hui à manier les questions de société autant que la stratégie marketing. Elle écrit pour VICE, et a fait ses armes au sein du site d'infotainment Topito. Issue de la génération Y, la technologie et l'internet n'ont pas de secret pour elle.

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