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François Malary : parcours d’un artiste visuel, de « Paint » à Victoria’s Secret.

Son nom ne vous est peut-être pas familier, mais son travail vous est connu : des publicités pour Coca-Cola ou Chanel aux clips pour M83 ou Azaelia Banks, François Malary, artiste visuel spécialisé en animation 3D, est derrière tous les bon coups. Tout juste revenu de New York, où il produisait les visuels du show Victoria’s Secret, il s’est posé le temps d’un café pour discuter image. Rencontre.

Salut François. Tu te présentes comme artiste visuel. Ça consiste en quoi ?

En fait je suis fondamentalement motivé par le fait de créer des images que j’aimerais voir. C’est tout simple, mais c’est l’essence de pourquoi je fais ce que je fais : quelque chose qui n’existe pas encore et que je voudrais créer.

Plus concrètement, je suis graphiste généraliste, spécialisé en animation 3D, et travaille dans le milieu de la publicité et des clips, avec des studios  comme Machine Molle ou The Mill entre autres. Depuis quelques années, je m’oriente de plus en plus vers le live/évènementiel. J’ai de plus en plus envie de travailler sur mes propres projets, installations vidéos ou idées de scénographie.

Tu es rentré dans ce milieu en 2006, qu’est-ce qui t’a poussé à choisir cette voie?

Je suis rentré à l’école Supinfocom sans trop savoir dans quoi je m’embarquais. À l’époque, j’étais passionné de dessin et de cinéma, mais n’avais aucune idée de comment faire des films. Je me souviens avoir été fasciné par la possibilité de dessiner sur ordinateur lorsqu’on nous avait montré Paint, ce vieux logiciel de Microsoft, en cours de technologie au collège… Bien avant l’animation où les films, j’imagine qu’il y avait cette passion de l’image numérique.

Concrètement, être animateur, ça consiste en quoi ?

Je pars d’un story board, donc en 2D, que je vais mettre en 3D. Tu vas donc chercher à cadrer, réaliser de belles compositions, animer les différents éléments, et enchaîner les plans pour dynamiser le tout.

Du coup, quel est ton apport créatif sur un travail qui peut sembler relativement technique au premier abord ?

Il y a dix mille façons d’animer un objet. Et c’est là que tu apportes ta touche personnelle. Par exemple, le singe de la pub Bodum : selon sa démarche, son langage corporel, ses mimiques, je vais essayer de lui donner telle ou telle personnalité. La moindre posture va dégager quelque chose de bien particulier.

À titre personnel, j’ai tendance à être un peu lent dans la vie (rires), donc mes animations vont avoir tendance à être lentes. Comme je le sais, je les speede un peu. C’est vraiment ta personnalité qui transparaît dans la façon dont tu animes. Tu peux clairement faire le lien entre un personnage animé et la personne qui a travaillé dessus.

Tu travailles sur des pubs, des clips, comme sur des projets plus personnels. Prends-tu autant de plaisir dans les deux ?

Les projets d’exécution sont intéressants car tu es limité par des contraintes. On pourrait croire que ça bride la créativité, mais je pense au contraire que cela la développe. Tu essayes d’apporter ta touche, de jouer avec ces contraintes en les rendant plus abstraites, minimalistes ou en s’en libérant complètement… C’est là tout l’intérêt de ce travail : comment créer quelque chose de jamais vu dans un cadre parfois strict.

Toi qui aimes les contraintes, t’arrive-t-il d’avoir recours aux banques d’images et si oui, comment les utilises-tu ?

J’utilise effectivement beaucoup les stockshots, pour deux raisons principales. Premièrement, ils sont une source d’inspiration, une sorte de guide visuel. Dès que je reçois un sujet, je vais tout de suite consulter une banque d’images pour chercher des références.

Exemple : tu dois bosser sur une forêt, tu vas chercher des photos de forêt afin d’étudier le sujet, c’est aussi bête que ça. Outre le fait de trouver de belles images, ça va aussi t’inspirer et te guider vers des idées que tu n’aurais pas forcément eues au départ : telle lumière, tel angle, tel traitement graphique, vont te pousser à développer une nouvelle approche.

Ensuite, je m’en sers beaucoup pour tout ce qui est textures, qui représente une bonne partie du travail en 3D. Cela dit je ne les utilise jamais telles quelles : je vais en prendre plein qui m’intéressent, et sélectionner différents éléments sur chacune d’entre elles pour les recomposer.

Tu as travaillé en France, en Belgique, en Italie, aux États-Unis, en Angleterre… L’approche en termes d’animation et du graphisme y est-elle différente ?

Disons qu’en France on a tendance à être très perfectionnistes, pointilleux – un peu chiants finalement (rires). Aux États-Unis par contre, ils vont s’extasier sur tout ce que tu fais. Tu vas produire un truc, l’Américain va être en mode « wow, awesome », alors que le français sera plutôt du style « mouais, c’est pas mal, enfin j’sais pas, j’suis pas complètement convaincu… »  (rires)

Cela dit, les Français restent très appréciés dans le monde de l’image, notamment aux USA, grâce à des écoles comme les Gobelins ou Supinfocom.

Quelles sont les nouvelles tendances dans ce milieu ? Est-il facile de suivre les évolutions ?

C’est sûr qu’il faut toujours être au courant de ce qui se fait, car il y a des choses beaucoup plus faciles à faire aujourd’hui qu’il y a dix ans. De manière générale, les tendances suivent l’évolution technologique. Par exemple, depuis quelque temps, beaucoup d’artistes expérimentent avec la photogrammétrie, qui permet de repenser le processus de modélisation.

Malgré les évolutions techniques, produire des images reste avant tout une histoire de ressenti. La pratique permet de finir par t’exprimer à travers le visuel que tu produis, quels que soit les outils employés.

Un dernier conseil à donner aux animateurs/graphistes en herbe?

Être fainéant ! Il y a dix mille façons d’obtenir la même image. Être fainéant permet de réfléchir à comment trouver la manière la plus rapide pour l’obtenir. Et ça, c’est le meilleur moyen d’être créatif !

 

Propos recueillis par Yacine KOUHEN


À propos de l'auteur
Consultant en communication et concepteur-rédacteur, Yacine Kouhen coache managers et speakers d’organisations européennes et internationales (Banque mondiale, TED Talks), ainsi que d’entreprises multinationales (Bayer, Linklaters).

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