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Étudier aux Beaux-Arts à l’heure de la réalité virtuelle

Renoir, Monet, Sisley : la liste des anciens diplômés de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts (ENSBA) de Paris ressemble à un catalogue de musée. Mais à l’heure des Smartphones et de la réalité virtuelle, qu’est-ce qui pousse des étudiants de vingt ans à franchir les portes de cette institution fondée en 1682 pour transmettre les techniques de création classiques ? Pour le savoir, nous avons rencontré trois étudiants en deuxième et troisième année aux Beaux-Arts de Paris… 

Bonjour à tous les trois ! Pourriez-vous nous résumer le parcours qui vous a conduit aux Beaux-Arts ?

Hervé Levesque : J’ai suivi la voie « classique » : Bac L, hypokhâgne-khâgne, puis fac de lettres et histoire de l’art.

Julien Ricer : J’ai entamé un CAP en vente, qui s’est soldé par un échec complet. J’ai donc intégré une école d’art, puis les Beaux-Arts à Bordeaux avant de passer le concours d’entrée à l’ENSBA.

Joanna Conchon : De mon côté, je suis ingénieure informatique.

« la formation aux Beaux-Arts ne relève plus seulement
de la classe de maître »

Pour le grand public, Beaux-Arts et numérique sont antinomiques. Vous leur donnez plutôt raison ou plutôt tort ?

H.L : L’idée que les Beaux-Arts puissent se limiter aux pratiques traditionnelles, rendues patrimoniales voire obsolètes par l’émergence de nouveaux supports de création, m’a toujours semblé dénuée de sens. Pourquoi vouloir opposer ainsi art et technique quand, depuis des décennies, des artistes ont fait la preuve que la transversalité et l’hybridation des pratiques étaient de véritables moteurs de l’art contemporain ?

J.C : On parle d’art numérique depuis les années 1960 ! La tour cybernétique de Nicolas Schöffer date de 1955, donc cela fait plus de soixante ans que les artistes explorent ces nouveaux territoires. Aujourd’hui, l’écosystème des « beaux-arts numériques » s’est considérablement enrichi grâce à des formations, des évènements ou encore des lieux comme la Gaité Lyrique. Les écoles d’art sont peut-être les dernières à prendre le virage, mais le numérique est une pratique et un esthétisme très présent dans la création contemporaine.

J.R. : À l’ENSBA, un Pôle Numérique nous donne les clés pour programmer et utiliser des capteurs électroniques, des ordinateurs, des protocoles de communication réseau, et j’en passe. Si l’idée reste de nous former de façon classique à l’élaboration d’un discours créatif cohérent, les moyens qui nous sont offerts ne relèvent plus de la classe de maître.

« le numérique est un véritable terrain d’exploration, en ce sens qu’il envisage un rapport au corps et à la matérialité totalement différent »

Est-ce que cela veut dire que vous êtes plutôt capteurs et interface que toile et pinceau ?

J.C : D’une certaine façon, oui. Je suis née avec les ordinateurs, j’ai presque toujours connu Internet… Je veux dire que l’écran est pour moi aussi naturel que le cahier de croquis, et c’est le cas de beaucoup d’étudiants qui rentrent aux Beaux-Arts.

J.R. : Je dois être l’exception qui confirme la règle, alors (rires). Le papier, le crayon, le geste réel et tangible est à la base de mes explorations. Impossible de court-circuiter cette intuition, qui est pour moi intimement attachée à la main.

H.L. : Il faut bien comprendre que rien dans notre parcours ne nous oblige à choisir…

Quelle place occupe le numérique dans votre création ?

H.L : Le numérique reste un médium à explorer. Le plus important pour moi, c’est la production d’un discours qui fasse sens. J’imagine que l’enseignement reçu aux Beaux-Arts va me permettre d’incarner cette quête dans des pratiques et des techniques nouvelles.

J.C : Le numérique est un véritable terrain d’exploration, en ce sens qu’il envisage un rapport au corps et à la matérialité totalement différent. Le corps du spectateur devient le medium de l’expérience artistique, le moteur de l’œuvre. La réalité augmentée et la réalité virtuelle ont encore accentué la possibilité de convoquer le public pour en faire l’acteur d’une expérience perceptive et critique. Je me sens très inspirée par les œuvres de Jeffrey Shaw, qui met le public au centre de dispositifs cinématiques interactifs ou les installations en réalité virtuelle de Char Davis par exemple.

J.R. : Je vois la technologie comme un vecteur de théorisation. À mon sens, les outils numériques permettent une scénarisation inédite dans l’histoire de l’art. Les nouvelles technologies permettent de faire le pont entre ma recherche et l’œuvre finale : je ne me situe pas dans l’interaction, mais dans la modélisation. Art numérique ne veut pas forcément dire écran. S’il fallait nommer un artiste dont je me sente proche, ce serait plutôt Sophie Lavaud. qui utilise le numérique pour réfléchir à la notion de système en modélisant en 3D des œuvres de Kandisky.

Crédits : 157482225 assalve


À propos de l'auteur
Diplômée de Sciences-Po Lyon et de HEC, consultante spécialisée en gestion de la créativité et en positionnement de marque pour les entreprises culturelles, Julia est directrice de publication du magazine "Plüm - A creative journey" et écrit notamment pour LVMH et L’Oréal.

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