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Delphine Blast, de la diplomatie au photojournalisme

À 28 ans, Delphine Blast a mis un terme à une carrière prometteuse dans la diplomatie pour devenir photographe. Six ans plus tard, ses photos remportent de nombreux concours et elle enchaîne les reportages en France et dans le monde. Rencontre avec une passionnée.


Salut Delphine, alors pour commencer, une présentation en 3 mots…

Hmm… ok : Bretonne, Photojournaliste, Passionnée. Par ordre d’importance ! (rires)

Tu as un parcours un peu particulier : tu t’es mise à la photographie sur le tard, alors qu’une belle carrière s’ouvrait à toi. Contre vents et marées, tu as réussi à percer dans un milieu ultra concurrentiel. Dis-nous tout !

Je travaillais à l’époque en République Dominicaine dans le milieu culturel et diplomatique. J’y ai passé deux ans d’une vie passionnante, confortablement payée, et qui plus est dans le cadre d’une île paradisiaque. Sur le papier, ma vie faisait rêver.

Mais j’avais envie d’autre chose, et depuis toute petite, je voulais parcourir le monde et photographier les gens. J’aime les gens. Surtout ceux dont on ne parle pas beaucoup. J’aime prendre le temps de connaître leur histoire. La photographie me permet de la raconter. Chaque nouvelle rencontre est enrichissante. Il faut juste prendre le temps.

Alors, tu plaques tout…

Je décide de rentrer en France vivre chez mes parents en Bretagne, et m’inscris au RSA. Le choc des cultures ! Après quelques mois, je réussis à intégrer une école de photojournalisme à Paris.

Le photojournalisme n’est pas un milieu facile et il m’est arrivé parfois d’être découragée. Aujourd’hui, j’ai la chance de vivre de ma photographie. 2015 a été une année charnière pour moi : entre autres grâce à mon reportage « Quinceañera a Bogotá » j’ai remporté quelques prix en France et à l’étranger qui m’ont permis d’élargir encore mon horizon et j’ai intégré le studio Hans Lucas.

C’est un milieu très concurrentiel. Comment gère-t-on les périodes de doutes et se fait-on sa place?

Effectivement, il y a non seulement beaucoup de photographes, mais surtout beaucoup de très bons photographes et photojournalistes ! Pendant longtemps, j’ai réalisé des projets que je ne montrais pas. Ils restaient là, bien au chaud dans mon ordinateur. J’avais besoin de prendre confiance en moi mais aussi d’intégrer le fait que je sois photojournaliste. Cela m’a demandé un certain temps (rires) ! Mais si ton travail est sincère et a un sens, il touchera alors aussi les autres.

Tes reportages ont une dominante sociale, mais sont néanmoins très variés.  Comment choisis-tu tes sujets ? Par exemple ton reportage sur les « Quinceañeras » en Colombie, récompensé à plusieurs reprises ?

J’essaye de trouver des sujets qui m’intéressent et qui j’espère pourront aussi intéresser les autres, dont on parle peu ou pas du tout. Dans le cas des Quinceañeras, je voulais aller plus loin que l’image cliché FARC/ Cocaïne qui colle à la Colombie. Je savais que le pays, en pleine mutation, avait bien plus à offrir.

Je me suis intéressée aux Quinceaneras [NDLR – fête traditionnelle des 15 ans célébrée dans certains pays d’Amérique latine et qui marque le passage de l’enfance à la femme adulte] au delà de l’aspect visuel car ce phénomène parfois méconnu est très représentatif de la place de la femme dans la société colombienne, tiraillée entre tradition et modernité.

Ce projet illustrait également l’importance de rituels initiatiques qui ont tendance à disparaître aujourd’hui, mais qui représentent des étapes clefs dans la construction de la société.

De manière générale, je ne peux choisir un sujet que s’il résonne en moi.

La photo, c’est des sujets, de l’humain, mais c’est aussi un milieu technique. Avec quel type de matériel travailles-tu et comment arrives-tu à exploiter la technique de manière créative ?

Concernant le matériel, paradoxalement j’ai commencé au numérique, puis petit à petit je me suis mise à l’argentique. Même si je travaille principalement en numérique, j’aime beaucoup travailler avec de vieux appareils photo. Ils permettent une approche différente, tu prends plus ton temps, tu as un rapport différent avec la personne que tu photographies, il y a plus de respect mutuel.

Ensuite c’est vrai qu’il y a mille et une manières d’utiliser des éléments techniques pour traiter un sujet, et c’est ça qui est motivant et excitant quelque part : rechercher constamment de nouvelles formes d’écriture.

Par exemple, pour un de mes derniers sujets réalisés en France, sur la violence conjugale faite aux hommes, j’ai recherché un moyen de les rendre anonymes, tout en rendant l’ensemble esthétique et que cela ait du sens. J’ai donc trouvé l’idée de rendre leur visage transparent, ce qui était en pleine résonnance par rapport à leur place à la société : ces hommes sont aujourd’hui transparents face à notre société.

En plus, j’aime apprendre de nouvelles choses et suis constamment à la recherche de nouveaux challenges.

Merci Delphine ! Un dernier mot avant qu’on se quitte ?

Faites vous confiance, persévérez et restez passionnés.

Propos recueillis par Yacine KOUHEN


À propos de l'auteur
Consultant en communication et concepteur-rédacteur, Yacine Kouhen coache managers et speakers d’organisations européennes et internationales (Banque mondiale, TED Talks), ainsi que d’entreprises multinationales (Bayer, Linklaters).

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