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Art 4D : la technologie au secours de l’illusion

Si l’on devait distinguer, en matière de nouvelles technologies, les artisans des artistes, Lemieux Pilon 4d Art appartiendrait définitivement à la seconde catégorie. Les créations de la compagnie québécoise mêlent 3D, projections et hologrammes pour créer des environnements immersifs où évoluent des acteurs réels. La technologie n’a probablement jamais été aussi poétique. Bienvenue dans cet univers décrit par ses deux fondateurs comme « un théâtre d’ombre à l’ère numérique ».

Intégrer le numérique aux arts de la scène

Un homme debout sur scène ouvre les bras, et voici que deux ailes se déploient : c’est Icare prêt à s’envoler. Dans la création de la compagnie québécoise Lemieux Pilon 4d Art, les plumes sont virtuelles. C’est la technologie qui supporte le rêve. Les ailes en question sont générées par l’entremise d’une caméra infrarouge qui analyse les mouvements du comédien. L’image captée par la caméra est étirée puis projetée sur scène sur le corps de l’artiste. Le tout en temps réel pour suivre les gestes de l’acteur qui ne lance la projection qu’en se mettant en mouvement.

© avec l’aimable autorisation de Lemieux Pilon 4D Art

On pourrait les comparer à des Méliès des temps modernes. Le tandem formé par Michel Lemieux et Victor Pilon a fait de l’intégration des arts scéniques et des nouvelles technologies, sa marque de fabrique. Crée en 1983, leur compagnie compte plus de trente créations à son actif. Le public français a notamment eu l’occasion d’admirer le travail de la compagnie montréalaise lors des tournées de La Belle et la Bête en 2014 et d’Icare en 2015. Leur dernière création est une collaboration avec le Cirque du Soleil autour du film Avatar de James Cameron : Toruk, le premier envol.

Expérimentation et création

Dès sa première création, L’œil rechargeable (1983), Lemieux-Pilon joue sur les profondeurs de champ et les projections pour créer une relation directe entre le jeu scénique de l’artiste et la transformation du décor. « Quand on s’est rencontrés, le digital n’existait pas bien sûr, explique Michel Lemieux à l’occasion d’une conférence donnée au Musée des beaux-arts de Montréal en 2014. On travaillait avec des diapositives que l’on superposait avec des vieux projecteurs. On est partis de choses très simples, très analogiques, pour finalement travailler avec la vidéo et aujourd’hui avec le digital ».

on essaie à chaque création de repousser les limites de la technologie

Trente ans plus tard, le même désir d’expérimentation anime le duo. «La vie est remplie d’erreurs de chaos, de surprises, raconte Michel Lemieux. Quand on travaille avec du nouveau matériel, on ne lit pas les modes d’emploi. On retourne les machines, on fait avec elles des choses qui ne sont prévues ou pas conseillées par le fabricant. Par exemple, on remplace les lentilles, on accroche des choses avec du scotch et des agrafes… on expérimente. » Ne vous y trompez pas, cette image de professeur Tournesol cache une démarche artistique poussée : « On essaie à chaque création de repousser les limites de la technologie, d’aller au-delà de ce qu’elle peut nous donner. On essaie de la rendre interactive pour les acteurs, de sort qu’elle suive l’artiste et non l’inverse. »

© avec l’aimable autorisation de Lemieux Pilon 4D Art

Faire oublier la technologie pour mieux créer l’illusion

3D, hologrammes, projections, traitements de l’image en temps réel : la technologie est omniprésente dans les spectacles de la compagnie. Depuis La Belle et la Bête, les spectacles sont devenus immersifs, même si l’équipe artistique affirme vouloir faire disparaître la technologie pour n’en faire qu’un outil et non une fin en soi : « Quand on lit un bon roman, on ne veux pas savoir avec quel traitement de texte il a été écrit. Notre défi est similaire : nous voulons faire oublier la technologie. Nous sommes des illusionnistes. »

la technologie est vraiment un moyen pour raconter nos histoires

Sur scène, les comédiens modifient leur environnement au gré de leurs émotions. Ici, c’est un personnage disparu qui réapparaît comme un fantôme, là, c’est un cheval qui galope autour de la scène. Le miroir de la Bête se brise en mille morceaux et le prince apparaît momentanément sous l’image du monstre. « La technologie nous permet d’amener les spectateurs dans un monde qu’ils ne comprennent pas. Nous avons les moyens de les émerveiller, et de faire passer des émotions une fois qu’ils ont quitté le monde cartésien. »

© avec l’aimable autorisation de Lemieux Pilon 4D Art

La technologie au service de l’intention

Mais peut-on encore faire rêver le public avec des hologrammes à l’heure de Pokemon Go, de la réalité virtuelle et de la 4D ? Michel Lemieux aime à citer Einstein : « Notre époque se caractérise par la profusion des moyens et la confusion des intentions. » Dans un monde envahi par le virtuel et le numérique, Lemieux Pilon 4d Art laisse l’intention guider les moyens. « La technologie est vraiment un moyen pour raconter nos histoires, explique Victor Pilon. Que nous créions pour le Cirque du Soleil au sein d’équipes artistiques de 150 personnes ou en trio avec un autre artiste dans une toute petite salle de répétition, la question est la même : pourquoi ? »

Le but des créations de Lemieux Pilon 4d Art n’est donc pas de réaliser un tour de force technologique, mais plutôt, comme l’explique Michel Lemieux « de communiquer notre vision du monde, nos émotions qui sont les mêmes probablement que celles qui animaient les Grecs antiques. Nous inventons juste des façons différentes d’en parler. » Une démarche riche d’enseignements pour tous les professionnels de la communication et du marketing qui évoluent au contact des nouvelles technologies : toujours privilégier le message au moyen, voilà probablement le seul véritable secret de l’engagement.

© avec l’aimable autorisation de Lemieux Pilon 4D Art

© avec l’aimable autorisation de Lemieux Pilon 4D Art

Crédits : Lemieux Pilon 4D Art


À propos de l'auteur
Diplômée de Sciences-Po Lyon et de HEC, consultante spécialisée en gestion de la créativité et en positionnement de marque pour les entreprises culturelles, Julia est directrice de publication du magazine "Plüm - A creative journey" et écrit notamment pour LVMH et L’Oréal.

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