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All Eyes On Me : un mag’ très visuel dans vos kiosques

Jonathan Zadi n’aime pas les formules toutes faites, les jeux de mots et les tics de journaliste. Alors on n’écrira pas qu’All Eyez On Me, qu’il a fondé en compagnie de Maxime Forte, est la « révélation presse de l’année » qui « attire décidément tous les regards ». Même si on le pense un peu (beaucoup). À la place, on parle direction artistique, Andy Warhol et natation.

Salut Jonathan, est-ce que tu peux nous présenter All Eyez On Me en quelques phrases ?

C’est le cri du cœur d’une génération qui souffre de n’être représentée que par des clichés. Face à cette insatisfaction il fallait faire quelque chose, donc prendre la plume et créer ce mag, qui représente cette génération de manière à la fois plus simple et plus artistique. All Eyez On Me, c’est une façon de nous approprier notre culture commune, celle des 25-40 ans, et de la recracher à notre sauce en laissant la part belle aux auteurs. En fait, on fonctionne vraiment comme un collectif d’artistes.

 

Le mag se définit comme « sport et pop culture », ce n’est pas un peu réducteur ?

Non, ce sont deux choses qu’on aime bien. Le sport, pour le traiter différemment que sous le prisme des résultats. Et pop culture parce que ça englobe le cinéma, le théâtre, l’art contemporain, la littérature, la musique… Quand tu traites dans un même numéro de Grace Jones, Eddie Murphy, Gaspar Noé, Mobb Deep et Christophe Chassol, c’est des kifs ! On cherche vraiment à décloisonner les thèmes et intéresser les gens avec des sujets qui ne les intéressaient peut-être pas à la base.

On a rarement, voire jamais, vu un titre de presse écrite donner une aussi large part aux visuels. C’est quoi ? De la presse montrée ? De la presse visuelle ? Comment tu définis ça ?

C’est la presse écrite du futur. À l’étranger, c’est différent : il y a une presse traditionnelle et une presse jeune. Aux États-Unis, il y un magazine de foot, 8 by 8 : les mecs ne connaissent clairement rien au foot, mais chaque page est une œuvre d’art que tu te prends dans la figure. On se dirige vers ça en France et nous, on essaie d’être précurseurs en la matière. La presse doit être plus ludique ! On a eu des retours de la part de lecteurs de 18-20 ans qui nous ont dit que c’est la première fois qu’ils lisaient un magazine de la première à la dernière page. C’est une façon plus contemporaine d’intéresser les gens.

 

En quoi cette expression très visuelle parle mieux à cette génération que tu entends capter ?

J’entends dire que « les jeunes ne lisent pas », mais il faut se rendre compte qu’en France, la presse n’a rien à offrir aux jeunes. Ils ne vont pas aller spontanément acheter L’Express ou Gala ! Il suffit donc de les interloquer par la couverture et de les rendre curieux. De plus, contrairement à d’autres pays, on ne trouve pas de presse étrangère en France.

 

La direction artistique est signée 3Eyez studio. Qui se cache derrière ce nom ?

À titre personnel, je suis fan du directeur artistique, Sanghon Kim, qui est un artiste complet passé par la pub, le graphisme et la réalisation, ainsi que du rédacteur en chef, Viravong, qui est un dessinateur de BD. Je leur ramène les sujets et les contenus et eux me proposent la direction artistique qu’ils souhaitent et sur laquelle je leur laisse une liberté totale. Il y a un an, j’ai envoyé à Sanghon Kim le sujet sur Maradona et il m’a balancé la page du magazine le soir-même. J’étais scotché. On s’est dit « banco, on y va ». Et depuis, on ne se quitte presque plus.

 

Dans la presse, le visuel illustre généralement le texte, et on a l’impression que vous faites exactement le contraire…

On vient tous de l’image, que ce soit de la bande dessinée, de l’animation, de la réalisation… L’idée c’était d’exploser toutes les lignes des magazines classiques et de montrer que le visuel peut être un article à part entière : Viravong, son article c’est sa BD ! Et puis le visuel dit beaucoup de choses. Quand on fait un sujet sur Anelka et qu’on dispose le texte de manière à faire apparaître une croix en bleu et en rouge, c’est aussi une façon de dire qu’il a été « croité », mis de côté.

Qu’est-ce que cette direction artistique apporte de plus ?

On assume notre différence. On a plus d’artistes que de journalistes et je revendique clairement que le visuel soit notre ligne éditoriale. Dans le second numéro, on va sortir une BD sur Kanye West, on va continuer à étonner sur chaque sujet. Et puis on se situe vraiment dans la pop culture : on met des couleurs de partout et c’est vraiment jouissif.

 

En parlant de pop culture, tu me disais avant l’interview que l’une de tes références, c’est le magazine Interview d’Andy Warhol…

Oui, mais pas que. Les Rolling Stone de l’époque, Esquire, Dazed, The Face, tous ces titres m’ont apporté une référence de liberté, m’ont appris qu’on peut faire des choses sans essayer de calculer et d’être racoleur. Warhol ne fait pas Interview pour plaire au public, mais parce que le public est content de découvrir son univers. Il y a là-dedans un côté égoïste que j’assume. On fait les choses pour nous et l’idée c’est de faire rentrer le lecteur dans notre monde.

 

On remarque que certaines des photos utilisées viennent de banque d’images comme Getty : celles de Fela Kuti, par exemple.

Oui, on a choisi des photos peu connues et peu relayées par le passé. Pour Fela Kuti, elles proviennent d’une séance photo tombée aux oubliettes qui a eu lieu en 1983 ou 1984 à New York. Donc on a réussi à apporter quelque chose de différent.

 

La publicité est très discrète dans le magazine, elle relève presque du native advertising. Pourquoi ce choix ?

Quand t’as un directeur artistique comme Sanghon Kim qui te fait une double page ou Viravong qui te fait une BD, je me vois mal dégainer une grosse pub classique à côté : cela couperait la lecture et ne servirait pas le magazine. Les pubs, on en a et on en aura, mais incorporées de manière artistique.

 

Finalement, qu’est-ce que tu aimerais dire à ceux qui ne lisent pas encore All Eyez On Me ?

Si vous voulez lire et voir quelque chose de différent, novateur et audacieux, ouvrez All Eyes On Me.

 

Et à ceux qui lisent déjà All Eyez On Me ?

Déjà, merci. (Rires) On va vous emmener encore plus loin parce qu’on a un leitmotiv : c’est que quand tu sais nager, tu plonges pour aller nager. Alors quand tu sais lire, tu n’as pas besoin qu’on te mette des bordures, un sommaire ou des phrases choc, tu plonges aussi… Et pour l’instant, on a la chance d’avoir de bons nageurs avec nous.

 

All Eyez On Me #1, parution le 5 octobre 2015

All Eyes On Me #2, parution le 18 décembre 2015

Propos recueillis par Thibaud MARIJN


À propos de l'auteur
Responsable éditorial chez YouLoveWords, entre formation littéraire et de science politique, fictions imaginaires et passages au Mexique, parfois terre-à-terre mais surtout éclectique.

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